Dessine l’espoir
Lumière sur les femmes
séropositives d’Afrique du Sud
Soutenir les femmes séropositives des townships
du Cap, telle est la vocation de Dessine l’espoir. À l’échelle
communautaire, cette association veille au bon suivi
médical de ces Sud-Africaines et finance des
projets grâce aux fonds obtenus par les ventes
d’ampoules dessinées par de grands créateurs.
D essine l’espoir vient de fêter
sa première année d’existence.
Cette structure associative, actuellement présidée
par Carole Mérienne, a été créée
par le designer parisien Cyrille Varet, pour accompagner
les projets d’Ithemba-Isandi (1). Ithemba
est une structure commerciale qui développe
des activités artistiques permettant d’assurer
un revenu régulier à des femmes séropositives
en Afrique du Sud. Depuis 2002, Ithemba aide les femmes
de l’association sud-africaine Wola Nani, à réaliser,
entre autres, des ampoules décorées de
perles et de silicone. « Mais Wola Nani
n’était pas impliquée au niveau
médical, explique Cyrille Varet, l’initiateur
d’Ithemba. Car les femmes, qui étaient
là à cause de leur sérologie n’avaient
pas un comportement adéquat avec leur maladie.
Elles ne se rendaient pas à l’hôpital
par exemple, estimant qu’elles se sentaient bien. » Un
triste constat qui a conduit le designer à aller
plus loin, pour que ces personnes prennent conscience
de l’importance du suivi médical et de
la bonne observance de leur traitement. Ainsi est née
Dessine l’espoir qui développe aujourd’hui,
au Cap, des actions médicales, psychologiques
et préventives à destination des personnes
séropositives de Wola Nani. « Nous
souhaitons les soutenir pour qu’elles aient accès
aux traitements, à l’information et à une
qualité de vie plus décente »,
souligne Carole Mérienne.
« Une véritable métamorphose »
Pour financer ses projets, Dessine l’espoir
a organisé, à l’occasion de la
Journée mondiale de lutte contre le sida en
2003, un événement de taille, « La
mode dessine l’espoir » : une
vente aux enchères d’ampoules originales
dessinées par de grands noms de la mode (2),
puis réalisées au Cap par les femmes
séropositives. Les copies de ces ampoules ont
ensuite été fabriquées en série
par les Sud-Africaines et vendues dans plus de 100 points
de vente dans le monde.
L’opération a rapporté 90 000 euros à l’association :
50 000 euros issus directement de l’événement
et 40 000 euros dus à la rétrocession
des
distributeurs (3). « Un véritable succès,
témoigne Cyrille Varet. À tel point que nous n’avons
ensuite pu honorer que 10 % des commandes d’ampoules. Cette pénurie
a été difficile à gérer avec les distributeurs
qui souhaitaient toujours plus d’ampoules. Nous leur avons expliqué qu’elles étaient
réalisées manuellement et par des femmes séropositives.
Il ne s’agissait pas d’une action commerciale, mais d’une
action de soutien pour ces femmes. » Certains distributeurs
ont donc anticipé cette année. L’un d’entre eux a
même commandé 10 000 ampoules avant l’été pour
que les Africaines aient le temps de les confectionner.
« Pour la trentaine de femmes qui travaillent
sur les ampoules, c’est une véritable
métamorphose , se réjouit le designer
parisien. L’argent gagné avec les
ampoules a changé leur vie et certaines obtiennent
même des salaires vraiment confortables. Ce
n’est plus une petite activité pour
s’occuper l’esprit, mais un véritable
travail. » Cyrille Varet part d’ailleurs
vivre en Afrique du Sud dès janvier 2005 pour
mettre son expérience au profit des femmes. « Sur
place, je servirai de relais à l’association
et cela me permettra de suivre de près les
projets locaux. »
Formation de counsellors
L’argent des ampoules a permis à Dessine
l’espoir de se concentrer sur sa priorité :
la santé de ces femmes. En mai dernier, l’association
a signé
un protocole nommé « Espoir pour les townships » (4),
avec le centre Desmond Tutu HIV au Cap et Wola Nani (cf. encadré ci-contre).
21 500 euros ont été mis à disposition de Wola
Nani et 25 700 euros ont été attribués au centre
Desmond Tutu HIV (5).
Dessine l’espoir veille ainsi au bon suivi
médical des femmes de Wola Nani, en partenariat
avec les cliniques locales. Elle a aussi aidé à la
formation sur place de dix femmes counsellors.
Chacune s’occupe désormais de 20 à 25 patients
selon un critère géographique et perçoit
pour cela un revenu annuel. Les femmes counsellors du
district de Nyanga ont été formées
par le centre Desmond Tutu HIV et celles des townships de
Mfuleni et de Khayelitcha (la plus grande du Cap),
par Wola Nani en collaboration avec notamment le Treatment
Action Campaign (TAC) et Life Line. Des connaissances
approfondies sur les traitements, sur leurs effets
secondaires et sur les maladies opportunistes leur
ont été inculquées. Elles sont
suivies par un responsable de l’une des associations
partenaires et peuvent ainsi lui signaler les cas d’urgence
rencontrés sur le terrain et les divers problèmes à régler.
Ouverture d’un lieu d’accueil
Dessine l’espoir a également décidé d’aider
les femmes de Wola Nani vivant dans la nouvelle township de
Mfuleni, créée pour désengorger
celle de Khayelitcha. L’association française
vient d’y ouvrir un centre, lieu d’accueil
qui organise des réunions de counselling,
en partenariat avec Médecins sans frontières
(MSF). MSF dirige ses patients qui habitent à Mfuleni
vers ce groupe de counselling et collabore avec
Dessine l’espoir pour le suivi des malades.
Des réunions mensuelles dans les locaux de
Wola Nani, en présence des femmes impliquées
dans le projet des ampoules, du groupe de Mfuleni et
des counsellors, viennent de débuter
dans le dessein d’améliorer le programme « Espoir
dans les townships » et de répondre
aux urgences. Dessine l’espoir paie même
des taxis aux femmes des townships excentrées,
afin qu’elles puissent assister aux réunions
ou encore se rendre à l’hôpital
si besoin, la distance étant trop souvent la
cause d’une mauvaise observance.
En partenariat avec le centre Desmond Tutu HIV, et
en attendant les promesses du gouvernement sud-africain (6),
Dessine l’espoir finance 20 trithérapies
sur un an pour les femmes de Wola Nani, sélectionnées
par les médecins selon l’urgence.
Un chiffre qui semble bien dérisoire si l’on
prend en compte les réels besoins du pays… « Mais
c’est trop facile de se dire qu’on ne peut
rien faire en Afrique sans des milliards de dollars.
Notre action prouve qu’il est possible d’aider
des gens. Même si cela reste à une échelle
modeste, nous pouvons faire quelque chose »,
affirme Cyrille Varet avec conviction.
L’association a donc réitéré « La
mode dessine l’espoir », le 29 novembre
dernier (7). Une version 2004 d’ampoules réalisées
d’après les dessins originaux d’une
trentaine de créateurs comme Jean-Paul Gaultier,
Rochas, Givenchy ou encore Philippe Starck.
Une vente aux enchères qui devrait permettre à la
présidente de Dessine l’espoir de poursuivre
les objectifs de l’association : « Pérenniser “Espoir
pour les townships” en Afrique du Sud
et initier d’autres actions sur le continent
africain. »
Delphine Després
(1) Pour en savoir plus,
lire article du JDs 156 à l’adresse
Internet suivante : www.arcat-sante.org/publi/archives_jds/asso156.pdf
À consulter également,
le site d’Ithemba : www.ithemba-isandi.org et
celui de Dessine l’espoir : www.dessinelespoir.org
(2) Agnès b., Chantal
Thomass, Christian Lacroix, Emanuel Ungaro, Paco
Rabanne, Thierry Mugler, etc.
(3) Six euros sont directement
reversés à Dessine
l’espoir pour chaque ampoule
vendue.
(4) Une township est un ghetto en Afrique du Sud.
(5) Le reste des fonds sert à organiser des événements
sources de nouveaux financements, à pérenniser
les actions engagées
et à élaborer les autres projets en cours
en Afrique du Sud.
(6) Le gouvernement sud-africain
s’est engagé en
2003 à mettre en place progressivement un programme
d’accès aux traitements antirétroviraux
dans tout le pays.
(7) À l’heure où nous imprimons
le journal, nous ne sommes pas en mesure de donner
le montant des fonds récoltés par cette
vente aux enchères. Il sera communiqué dans
notre prochain numéro.
Wola Nani et le centre Desmond Tutu
HIV
L’association d’Afrique du Sud, Wola
Nani, regroupe 250 personnes séropositives,
principalement des femmes, qui reçoivent au
sein de cette structure un soutien psychologique à l’annonce
de leur séroposivité. Wola Nani propose
aussi à ces personnes des activités génératrices
de revenus.
Le centre Desmond Tutu HIV développe un programme
d’ARV, depuis 2002, pour les personnes touchées
par le VIH/sida dans la township du district
sud-africain de Nyanga. Avec l’aide d’une
infirmière et d’un médecin qui
dirigent ce programme, les patients sont soutenus par
quatorze counsellors membres de la communauté et
formés pour les accompagner et les aider psychologiquement.