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Editorial
n°159-160 - octobre-novembre 2003 |
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« Injustice mondiale »
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Ce numéro du JDs comprend
un supplément sur PAS. Dans ce cahier, nous revenons
sur les trois aspects qui ont marqué la 2e Conférence
de PAS sur la pathogenèse et le traitement de l'infection
par le VIH : la politique internationale - qui laisse
un Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le
paludisme en délicate situation financière -, l'engagement
communautaire - qui gagne heureusement du terrain -, la
science - qui progresse et controverse. Lors de cette
2e Conférence de PAS, qui a eu lieu du 13 au 16 juillet
dernier, la perception d'un malaise était inévitable.
Un malaise tenant - et c'est devenu une banalité de le
dire - à l'abîme grandissant entre le dynamisme de la
recherche et de la médecine au Nord et l'agonie imposée
aux malades des pays les plus pauvres. Un malaise cristallisé
par cette vision d'activistes du Nord et du Sud en colère,
muselés par les vigiles de la République lors d'une prestigieuse
séance de clôture, pour ne pas gêner les hommes politiques
de France et d'Europe s'adonnant à des exercices de style.
Pendant ces quatre jours de conférence, nous étions constamment
face à une «injustice mondiale » (1). Comment dès lors,
ne pas ressentir de malaise ? |
Corinne Taéron
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| (1) Discours de Nelson Mandela, session
plénière du 14/07/03. |
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Injustice française
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France, août 2003. II fait chaud, très
chaud... Après les premiers sourires ensoleillés,
les premières inquiétudes percent : une
vague de chaleur inhabituelle s'installe. « Il faut
beaucoup boire, surtout les personnes âgées
et les enfants. » Le système d'alerte se
met en marche : attention, il n'y a plus de ventilateurs,
c'est la rupture de stocks...
II fait chaud, trop chaud... Dans un chuchotement certains
s'étonnent, les échos des personnels hospitaliers
sont étouffés. Ce n'est pas si terrible
un petit coup de chaud après l'hiver glacial que
nous venons de traverser, arrêtons de nous plaindre
! Le système hospitalier fonctionne bien, 25 %
de lits ont même été fermés
pour cause de 35 heures dans la fonction publique hospitalière.
S'il y avait eu le moindre risque... Et pourtant des centaines
de personnes âgées, fragiles, décèdent
chaque jour à cause de la chaleur. Déshydratation,
hyperthermie, les chiffres s'accélèrent
dramatiquement, il est enfin temps de réagir, les
conseils ne suffisent plus. Alors la rumeur monte et gronde,
il faut retrouver le ministre, un premier chiffre vient
d'être asséné « De 3 000 à
5 000 » décès supplémentaires
seraient liés à la canicule... Dans sa grande
générosité associée à
sa réactivité exemplaire, le Gouvernement,
après avoir laissé entendre que tout était
normal et loin d'être dramatique, mais surtout après
s'être attaché à se dégager
de toute responsabilité - en faisant appel à
celle de « tous » les Français -, a
mis en place pour les derniers jours de canicule le «
plan blanc ». Le système fonctionne bien,
mais peut-être à retardement...
Bilan de « l'épidémie » ou de
l'hécatombe : presque 15 000 personnes... C'est
le chiffre de la honte, de la démocratie sanitaire,
de cette civilisation qui s'oppose à celle qui
est « en voie de développement »...
Et voici comment en quelques jours on se retrouve au cœur
d'un mauvais film, où l'on suit, hébétés,
la banalisation morbide d'une tragédie qui nous
touche. Où l'on subit la mauvaise foi, la négligence
et le mépris condescendant de ceux qui nous gouvernent,
qui nous protègent ?
II reste à nous préparer à entendre
ces histoires « drôles » qui vont circuler
autour de ce qui est notre drame, apprendre à offrir
un rictus, politiquement correct, suffisamment ambigu
pour laisser croire que nous participons à l'indifférence
collective... Ce n'est qu'un fait de société,
n'est-ce pas? À la question : il est mort
de quoi? Répondez : canicule ... et laissez parler
le silence. |
| Armelle
Choupas |
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