Page d'accueil Arcat
Association de recherche, de communication et d'action pour l'accès aux traitements - Membre du groupe SOS Logo Groupe SOS
Qui sommes-nous ?Nos actionsOffres d'emploiContact
Logo Arcat
Nos publications
Répertoire des essais thérapeutiques
Assurabilité
Adresses
Nos partenaires
CRAMIF
Ministère de la Santé
Union nationale des associations de lutte contre le sida
Ensemble contre le sida / Sidaction
Solidarité sida
ANRS
INPES
La Mairie de Paris
Région Ile-de-France
Département de Paris
Le JDS Editorial
n°159-160 - octobre-novembre 2003
[ < Retour ]
 
« Injustice mondiale »

Ce numéro du JDs comprend un supplément sur PAS. Dans ce cahier, nous revenons sur les trois aspects qui ont marqué la 2e Conférence de PAS sur la pathogenèse et le traitement de l'infection par le VIH : la politique internationale - qui laisse un Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme en délicate situation financière -, l'engagement communautaire - qui gagne heureusement du terrain -, la science - qui progresse et controverse. Lors de cette 2e Conférence de PAS, qui a eu lieu du 13 au 16 juillet dernier, la perception d'un malaise était inévitable. Un malaise tenant - et c'est devenu une banalité de le dire - à l'abîme grandissant entre le dynamisme de la recherche et de la médecine au Nord et l'agonie imposée aux malades des pays les plus pauvres. Un malaise cristallisé par cette vision d'activistes du Nord et du Sud en colère, muselés par les vigiles de la République lors d'une prestigieuse séance de clôture, pour ne pas gêner les hommes politiques de France et d'Europe s'adonnant à des exercices de style. Pendant ces quatre jours de conférence, nous étions constamment face à une «injustice mondiale » (1). Comment dès lors, ne pas ressentir de malaise ?
 
Corinne Taéron
 
(1) Discours de Nelson Mandela, session plénière du 14/07/03.
 
Injustice française

France, août 2003. II fait chaud, très chaud... Après les premiers sourires ensoleillés, les premières inquiétudes percent : une vague de chaleur inhabituelle s'installe. « Il faut beaucoup boire, surtout les personnes âgées et les enfants. » Le système d'alerte se met en marche : attention, il n'y a plus de ventilateurs, c'est la rupture de stocks...

II fait chaud, trop chaud... Dans un chuchotement certains s'étonnent, les échos des personnels hospitaliers sont étouffés. Ce n'est pas si terrible un petit coup de chaud après l'hiver glacial que nous venons de traverser, arrêtons de nous plaindre ! Le système hospitalier fonctionne bien, 25 % de lits ont même été fermés pour cause de 35 heures dans la fonction publique hospitalière. S'il y avait eu le moindre risque... Et pourtant des centaines de personnes âgées, fragiles, décèdent chaque jour à cause de la chaleur. Déshydratation, hyperthermie, les chiffres s'accélèrent dramatiquement, il est enfin temps de réagir, les conseils ne suffisent plus. Alors la rumeur monte et gronde, il faut retrouver le ministre, un premier chiffre vient d'être asséné « De 3 000 à 5 000 » décès supplémentaires seraient liés à la canicule... Dans sa grande générosité associée à sa réactivité exemplaire, le Gouvernement, après avoir laissé entendre que tout était normal et loin d'être dramatique, mais surtout après s'être attaché à se dégager de toute responsabilité - en faisant appel à celle de « tous » les Français -, a mis en place pour les derniers jours de canicule le « plan blanc ». Le système fonctionne bien, mais peut-être à retardement...

Bilan de « l'épidémie » ou de l'hécatombe : presque 15 000 personnes... C'est le chiffre de la honte, de la démocratie sanitaire, de cette civilisation qui s'oppose à celle qui est « en voie de développement »... Et voici comment en quelques jours on se retrouve au cœur d'un mauvais film, où l'on suit, hébétés, la banalisation morbide d'une tragédie qui nous touche. Où l'on subit la mauvaise foi, la négligence et le mépris condescendant de ceux qui nous gouvernent, qui nous protègent ?

II reste à nous préparer à entendre ces histoires « drôles » qui vont circuler autour de ce qui est notre drame, apprendre à offrir un rictus, politiquement correct, suffisamment ambigu pour laisser croire que nous participons à l'indifférence collective... Ce n'est qu'un fait de société, n'est-ce pas?

À la question : il est mort de quoi? Répondez : canicule ... et laissez parler le silence.
 
Armelle Choupas



Arcat est membre de l'Unals, de la FNH-VIH, du TRT-5 et de Sidaction.

© 2001-2005 - Tous droits réservés.
Mentions légales