 |
Editorial
n°163 - février-mars 2004
[ < Retour
]
Injustice et ambiguïté
Si le bon sens était la règle, les personnes
malades ou handicapées seraient en même
temps les catégories de population les mieux
protégées face aux aléas de la
vie. En dehors de la solidarité nationale, et
moyennant finance, les assurances et les mutuelles compenseraient
ces aléas et permettraient à ces personnes
de se faire rembourser certaines dépenses de
santé, d’accéder au crédit,
de consommer, d’investir dans un logement, de
mener à bien des projets professionnels, bref,
de mener une vie normale.
Or, cela n’est manifestement pas le cas. Ces
personnes, souvent plongées dans une situation
de précarité économique, doivent
payer cher pour accéder à une simple complémentaire
de santé, qui ne couvrira pas toujours la totalité
de leurs besoins. Quant à l’emprunt immobilier,
c’est un rêve encore lointain pour nombre
de personnes qui, faute de moyens, ne peuvent faire
face au montant de la surprime exigée et n’ont
pas le droit de concevoir des projets à long
terme. L’injustice et l’ambiguïté
résident dans le fait que les assurances et les
mutuelles, bien souvent facultatives du point de vue
du droit, sont indispensables, voire obligatoires, dans
tous les actes de la vie quotidienne.
Les personnes à la santé précaire,
lorsqu’elles travaillent, peuvent se réclamer
de la loi du 12 juillet 1990, qui interdit toute forme
de discrimination à l’embauche et en cas
de licenciement. Cette protection légale n’est
plus valable lorsqu’elles veulent s’assurer
ou accéder à une mutuelle. Le métier
d’assureur repose précisément sur
la sélection des risques et répond à
des critères de rentabilité propres aux
lois du marché. Dans un système concurrentiel,
la discrimination reste la règle. Le malade pourra
en revanche s’attaquer au montant du tarif demandé
pour souscrire un contrat. L’évolution
de certaines thérapies, notamment dans le traitement
du sida au milieu des années 1990, a déjà
conduit à des baisses significatives. Cela a
pris du temps, mais ils l’ont fait. Et ils devront
le refaire, car les progrès thérapeutiques
de ces dernières années et la chronicisation
de certaines maladies ne trouvent pas toujours de traduction
dans les contrats des assureurs et auprès des
mutuelles.
La bonne volonté et la philanthropie des uns
et des autres ne suffiront pas. Pour permettre l’accès
des malades et des handicapés aux assurances
et aux mutuelles, les pouvoirs publics devront veiller
à ce que les surprimes et les tarifs pratiqués
n’obéissent pas à un pur aléa
économique, mais plutôt aux progrès
de la recherche médicale. Ensuite, comme le souhaitent
de nombreuses associations de malades, une aide publique
ou une mutualisation des risques pourront seules permettre
aux personnes précarisées par leur état
de santé de payer la véritable dîme
qui les sépare encore du reste de la population.
Le JDs
|