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Editorial
n°166 - juin 2004
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La « retraite »
spirituelle
Pourquoi parler aujourd'hui de sida et de spiritualité
? Qu'est-ce qui a changé depuis l'arrivée des trithérapies
? Jusqu'au milieu des années 1990, la certitude d'une
mort prochaine confrontait les personnes à qui l'on
venait d'annoncer leur séropositivité à un questionnement
existentiel véritablement intense, comme le rappelle
dans ce numéro Serge Hefez (1), et à une brutale remise
en question de leurs valeurs et croyances. A cette époque,
dans un contexte occidental de rejet de la mort et d'appauvrissement
des cérémonies funéraires, des associations se constituent
pour la première fois, souvent de manière originale,
tel le Patchwork des noms, autour de la quête spirituelle
des familles et des proches. Les Eglises révélées tiennent
encore un discours rigide et stigmatisant qu'elles vont
cependant assouplir et ouvrir à une plus grande acceptation
des valeurs de la prévention face à l'acuité du problème
et à une désaffection croissante des croyants pour le
dogme.
Avec l'arrivée des traitements qui ont fait du sida
une maladie chronique, la question du sens se pose de
façon moins frontale et immédiate. Excepté toutefois
pour les migrants. Comment ne pas comparer les réactions
des séropositifs en France, il y a vingt ans, en quête
d'ésotérique et de médecines miraculeuses, à celles
des personnes originaires d'Afrique subsaharienne aujourd'hui
? Ces personnes constituent à présent un vivier de fidèles
d'autant plus captifs pour des mouvements religieux
peu scrupuleux, qu'elles sont, de par leur(s) culture(s),
très sensibles à la religion ou à la spiritualité -
et particulièrement en période de souffrance ou de détresse
- et fragiles socialement. En tout état de cause, leur
refus du traitement exprimé au cours de la consultation
médicale, leur attente de la guérison par la seule force
de la prière ont conduit les équipes médicales à s'interroger
et, pour certaines, à chercher des solutions dans des
approches qui tiennent compte de l'isolement social
et culturel de ces patients.
D'une manière générale, c'est aussi toute une privatisation
des pratiques religieuses et l'expression d'une recherche
spirituelle, y compris chez les non-croyants, qui incite
le milieu associatif laïque et religieux et, de plus
en plus, le milieu médical, à prendre en compte cette
demande d'accompagnement spirituel des personnes vivant
aujourd'hui avec le VIH. Le milieu associatif et certaines
autorités religieuses manifestent ainsi une large ouverture,
quasi œcuménique, à l'accueil des malades, quelles que
soient leurs croyances. Et l'institution hospitalière
oriente les patients, quand ils le souhaitent, vers
des associations d'accueil partenaires. Mais si hier
il s'agissait d'inventer de nouveaux rites de deuil,
désormais il est question d'accompagner les personnes
dans leur vie, de leur offrir un lieu d'écoute ou encore
de " retraite spirituelle " qui, les amenant à reconstituer
leurs repères, les aident à trouver leurs propres réponses.
Le JDs
(1) Psychanalyste et fondateur de
l'association Espa
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