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Editorial
n°169 - octobre 2004
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La menace
Le 30 juillet dernier, le Parlement a adopté la
nouvelle loi de santé publique. Au cœur
de cette réforme, la révision de la loi
Huriet-Sérusclat, qui encadre la recherche biomédicale.
Le texte voté est intéressant à bien
des égards, autant par les dispositions qui
y figurent, que par ses lacunes. Soumis dès
juillet 2003 aux associations de patients, et notamment
au TRT-5 (Traitements et recherche thérapeutique),
le projet a fait l’objet d’une dizaine
de propositions d’amendements de la part du groupe
interassociatif. L’objectif : améliorer
encore et toujours la prise en charge des patients
participant à un essai thérapeutique.
Le résultat est en demi-teinte : un peu
plus d’implication des associations dans la validation
scientifique et éthique des protocoles de recherche,
une prise en charge améliorée – bien
qu’encore insuffisante – des patients à la
fin d’un essai. Mais la question de la transparence
de la recherche est loin d’être réglée.
Pire, l’issue des débats autour de ce
thème révèle une conception réactionnaire
et infantilisante du mouvement associatif. Demandant
la création d’une base de données
des recherches biomédicales accessibles au grand
public et aux associations, ces dernières se
voient royalement octroyer un accès « aux éléments
pertinents du protocole » et refuser
cet accès en cas de « demandes
abusives ». De même, les participants à un
essai ne pourront toujours pas connaître les
résultats les concernant personnellement. Les
associations de patients, une menace pour la recherche ?
C’est bien ce que semble dire ici le législateur. « Nous
sommes très fâchés de la manière
dont ce texte a été rédigé »,
explique dans notre dossier Elise Bourgeois-Fisson,
du TRT-5. Comment ne pas comprendre et partager cette
colère, ne serait-ce qu’en tant que simple
citoyen ? Car refuser la transparence de la recherche,
c’est refuser une exigence démocratique
selon laquelle chacun a le droit d’avoir accès à des
données concernant sa santé. Une aberration
pour le bon sens et la justice, qui vient se heurter à des
considérations politico-économiques peu
convaincantes. Il faudrait ménager l’industrie
pharmaceutique sous peine de voir les unités
de recherche et de production s’expatrier, faisant
perdre ainsi à la France des emplois et la privant
de son dynamisme scientifique.
Pourtant, les entreprises pharmaceutiques auraient
depuis longtemps quitté le
territoire si le marché français de certaines maladies comme
le VIH/sida n’était pas rentable… Une réforme, certes,
mais derrière laquelle on entrevoit avec stupeur un monolithisme qui
laisse présager encore de longs combats.
Le JDs
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