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Editorial
n°173 - février 2005

Hors champ

En ces temps de générosité planétaire dirigée vers l’Asie du Sud , où le monde entier semble communier dans un même élan de compassion, la tentation du relativisme est très forte. Elle peut certes apparaître comme un snobisme intellectuel, la posture un peu condescendante de celui qui veut être une voix discordante, voire subversive, histoire d’avoir l’impression de sortir du lot. Et pourtant… En culpabilisant un peu, on ne peut s’empêcher de sentir une certaine forme d’indécence affleurer cet océan de pitié qui submerge actuellement tous nos médias. On ne peut s’empêcher d’être titillé par un sentiment d’injustice : « Pourquoi eux y ont-ils droit et pas tous les autres ? ».

 

Loin des projecteurs, des caméras et des micros, que se passe-t-il ? La question peut se poser pour toutes les catastrophes qui ravagent l’humanité, raz-de-marée, tremblements de terre, guerres, famines, épidémies... Dans la lutte contre le VIH/sida, que se passe-t-il en dehors de ce qui est visible pour le grand public : le prestige de la recherche scientifique et ses effets d’annonce, le glamour des affiches, spots télé et radios de prévention ? En aval de ces actions porteuses d’espoir, où s’expriment les qualités humaines les plus nobles – l’intelligence, la créativité, l’humour même parfois… – c’est le royaume des effets concrets de la maladie, des soins et de l’accompagnement aux personnes touchées. Une réalité beaucoup moins photogénique, faite de souffrances physiques, psychologiques et sociales qu’essaie de pallier le travail de fourmi des assistants sociaux, psychologues, conseillers juridiques, médecins, bénévoles… Il est bien connu aujourd’hui que l’arrivée des trithérapies a bouleversé le visage de l’épidémie, faisant émerger une cohorte de nouvelles problématiques autres que strictement médicales et exigeant désormais un « accompagnement vers la vie au lieu d’un accompagnement vers la mort ».*

 

Le dossier de ce numéro est dédié à ces « travailleurs de l’ombre » qui, grâce à leur engagement quotidien – car il s’agit bien d’engagement – tentent de recoller les morceaux d’une société qui s’émiette. Face à un public de plus en plus nombreux, avec des problématiques de plus en plus complexes et urgentes, et face aux difficultés budgétaires croissantes de leurs structures, ces personnels doivent réaliser la quadrature du cercle : faire plus avec moins de moyens. Malgré leurs efforts pour faire évoluer leurs pratiques, beaucoup s’estiment débordés et incapables de réaliser un travail satisfaisant en direction d’un public pourtant très fragile. Des associations de lutte contre le VIH/sida obligées de retarder ou de refuser leur aide par manque de moyens… Des ONG contraintes de refuser un trop plein de financements… Simple ironie du sort ?

 

Le JDs

 

* Laurent Barreaux, administrateur de Dessine-moi un mouton.

 

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