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Editorial
n°174 - mars 2005
Le Journal de la Démocratie
sanitaire redevient Le Journal du sida
Lorsque vous aurez terminé la lecture
de cet édito, une dizaine de personnes seront
décédées du sida dans le monde.
Des malades vivront toujours dans la plus grande précarité à notre
porte et une partie importante des séropositifs
se demandera encore pourquoi ces combinaisons thérapeutiques
prometteuses ne donnent pas les résultats attendus.
Ces mythiques traitements, la plupart des malades n’y
ont d’ailleurs pas accès. La contribution
des laboratoires pharmaceutiques et de notre propre
pays au Fonds mondial de lutte contre le sida est dérisoire,
soulignant l’insoutenable statu quo maintenu
par les pouvoirs publics, le secteur privé et
les médias dans l’expansion de la pandémie.
Ce soir, un grand nombre d’entre nous va peut-être « oublier » de
se protéger avec son partenaire et préférera
le déni de responsabilité à l’engagement
dans un réel comportement individuel de prévention.
On ira même jusqu’à cultiver la
prise de risque pour tenter de résoudre ses
propres conflits identitaires. Demain, des séropositifs
auront rendez-vous avec leur assureur la peur au ventre
ou se prépareront à affronter un employeur
potentiel qui s’interrogera sur cette période
d’inactivité qui caractérise un échec
thérapeutique ou une période dépressive.
Un salarié séropositif continuera à souffrir
du regard que portent sur lui ses collègues
de travail depuis « qu’ils savent ».
Une personne séropositive incarcérée
n’aura toujours pas accès à des
soins dignes de ce nom. D’autres, demain matin,
composeront le 115 dans l’espoir de dormir le
soir sous un toit, d’ailleurs totalement inadapté à leur état
de santé. Les appartements de coordination thérapeutique
seront toujours insuffisants. Les politiques ne se
risqueront pas dans un programme audacieux de logements
sociaux permettant aux séropositifs de s’engager
efficacement dans une dynamique d’adhérence à leur
traitement. Pendant ce temps-là, les malades
attendent. Dans des chambres d’hôtel où il
est souvent impossible de cuisiner ou de se laver correctement,
ou chez de vagues connaissances qui désespèrent
de les voir partir. Ils attendent des associations
de lutte contre le sida qu’elles les soutiennent,
les accompagnent et se fassent leur voix sur la scène
politico-médiatique. Ces mêmes associations
qui vivent dans l’incertitude constante du lendemain,
entre rendez-vous chez leur banquier, évaluation
de leur action et coups de téléphone
aux financeurs pour s’enquérir d’une
subvention pas encore perçue. Ce mois-ci, des
militants de ces associations sont jugés devant
les tribunaux pour avoir crié leur révolte
auprès des pouvoirs publics, d’autres
pour avoir tenté de bousculer le politiquement
correct des messages de prévention actuels.
Et les journalistes s’enquièrent de la
grippe papale mais boudent la grande cause nationale.
Arcat souhaite plus que jamais redonner sa place au
sida : il mérite bien un titre.
Le JDs