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La France doit mieux financer le programme international

« 3 by 5 » en « stand by »

Plus que dix mois pour atteindre l’objectif du programme de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Onusida, « 3 by 5 », plan qui vise à donner accès aux traitements à 3 millions de personnes touchées par le VIH/sida d’ici fin 2005. Mais l’argent manque. Et si la France a des idées, elles ne répondent pas à l’urgence de la situation.

Deux milliards de dollars… C’est la somme qu’il manque aujourd’hui pour financer le programme « 3 by 5 ». Ce plan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Onusida, lancé fin 2003, a pour objectif de traiter 3 millions de personnes touchées par le VIH/sida dans les pays en développement – sur les 6 millions qui ont besoin d’un traitement cette année – avant décembre 2005.

 

En 2004, le programme a déjà permis une augmentation de 75 % du nombre de malades du sida ayant accès aux antirétroviraux dans ces pays. Au cours des six derniers mois, le nombre de personnes traitées a doublé en Afrique subsaharienne (310 000 personnes), ainsi qu’en Asie (100 000 personnes). L’année dernière, au moins la moitié des malades a eu accès aux traitements dans plus de dix pays d’Amérique latine et au Bostwana. En Ouganda et en Thaïlande, la moitié des personnes touchées devrait être soignée dans les prochains mois.

 

Les médecins soulignent que ces mesures ont un effet positif sur toute la société : l’accès aux traitements s’accompagne d’une amélioration de la prévention, il atténue la stigmatisation à l’égard des personnes vivant avec le VIH/sida et encourage le dépistage.

Un impôt mondial ?

Mais la réussite de ce programme, comme l’a annoncé Jong-Wook Lee, directeur général de l’OMS, lors du forum économique mondial de Davos, le 26 janvier dernier, semble contrariée à cause d’un manque de financement. Un manque chronique dans la lutte contre le sida. Afin d’y remédier, Jacques Chirac a, lors de ce même sommet, proposé une taxe internationale sur les billets d’avion… Un impôt mondial qui permettrait, idéalement, d’assurer des fonds pérennes.

 

Londres, le 2 février dernier. Lors de la réunion des ministres des Finances des pays du G7, Hervé Gaymard a prôné quant à lui « une double initiative concrète » européenne contre le sida. Il a repris l’idée de taxe sur les transports aériens et maritimes, ainsi que celle d’« une facilité financière internationale (FFI) », déjà proposée par le ministre britannique Gordon Brown. Plus largement, il espère ainsi financer également la vaccination des populations contre « les maladies qui déciment le Sud ».

Répondre à l’urgence

De très bonnes idées… à long terme. Mais d’ores et déjà, deux pays au poids économique majeur, les Etats-Unis et le Japon, s’opposent fermement à ce principe de taxe internationale. Et à supposer leur accord, même la mise en place rapide de l’impôt mondial ne suffirait pas pour répondre à l’urgence du plan « 3 by 5 ». Tandis que le gouvernement français a annoncé le 1 er décembre 2004, Journée mondiale de lutte contre le sida, que le pays ne verserait que 200 millions d’euros, les associations de lutte contre le sida (Ensemble contre le sida – Sidaction, Solidarité sida, Elus locaux contre le sida, Sida info service) demandent au président de la République de s’aligner sur la subvention versée par Tony Blair : 700 millions d’euros – soit un doublement de la promesse de don initiale. Act up a profité du sommet londonien pour organiser une manifestation et un « die-in » en s’allongeant sur le trottoir, devant la Banque de France. Sur leurs banderoles : « Sida : le G8 compte ses sous, l’Afrique compte ses morts. »

 

Act up incite aussi le président français « à tenir ses engagements », rappelant notamment que Jacques Chirac avait déjà émis le souhait en 2001, à l’occasion du G8 de Gênes, que « le Fonds mondial atteigne rapidement 10 milliards de dollars ». Aujourd’hui, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (www.theglobalfund.org/fr) stagne à 1,3 milliard par an. La participation de la France, deuxième pays contributeur, s’élève à 150 millions d’euros par an selon un plan triennal qui s’étend jusqu’en 2006. Une participation qui a « triplé en 2004 », comme le souligne le ministère des Affaires étrangères.

 

A l’heure où les pays riches ont montré une incroyable mobilisation pour les victimes du raz-de-marée en Asie, et tandis que le sida fait autant de morts qu’un tsunami par mois, on se prend à croire que ces 2 milliards de dollars pour sauver 3 millions de personnes, peuvent être rapidement trouvés.

 

Stéphanie Lambert

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