Infections sexuellement transmissibles
La lymphogranulomatose vénérienne
colonise l’Union européenne
La lymphogranulomatose vénérienne
(LGV) est une infection sexuellement transmissible
(IST) qui avait quasiment disparu d’Europe, comme
la syphilis.
Mais depuis plus d’un an, elle fait une entrée très remarquée
dans la communauté homosexuelle des capitales européennes en se
manifestant sous la forme d’ano-rectites (infection de l’anus et
du rectum) transmises par des rapports sexuels – anaux et buccaux – non
protégés.
La lymphogranulomatose vénérienne (LGV) était
considérée jusqu’à présent
comme une maladie tropicale, sévissant surtout
en Afrique, en Amérique latine, dans les Caraïbes
et en Asie du Sud-Est. La bouffée épidémique
observée actuellement (depuis fin 2003) a débuté à Rotterdam
puis fait le tour des capitales européennes ;
en France, elle concerne surtout la région parisienne
(cf. encadré). La moitié des personnes atteintes sont
séropositives au VIH et d’autres IST gravitent autour (syphilis,
gonococcies, herpès, etc.). Décrite en 1913 par M. Nicolas
et M. Favre – d’où son nom de maladie de Nicolas-
Favre – la LGV est due à une bactérie, Chlamydia
trachomatis.
Les infections à Chlamydia trachomatis (CT)
Les différents sérotypes de l’infection à CT
sont à l’origine de trois syndromes infectieux
différents :
> Le trachome est une opacification de la cornée
pouvant conduire à la cécité.
Il est endémique dans les pays en voie de développement
et vient des sérotypes A, B, C.
> Les infections urogénitales sont dues
aux types E, D, F. C’est l’IST bactérienne
la plus fréquente des pays développés,
donnant des urétrites le plus souvent subaiguës
chez l’homme, voire des épididymites et
des prostatites aiguës. Pour les femmes, avec
80 % de portage asymptomatique, elles donnent
souvent des salpingites responsables de stérilité.
Les infectiologues pensent que ces infections sont
souvent traitées « aveuglément » par
la prise d’antibiotiques pour d’autres
maladies (angines, bronchites, etc.).
> La LGV est due aux sérotypes L1, L2,
L3. « L’épidémie » actuelle
est surtout due au sous-type L2.
Les symptômes de la LGV rectale
La durée d’incubation est très
variable, de deux à soixante jours avec un délai
moyen de vingt jours. Elle évolue en trois phases
avec des signes cliniques peu évocateurs, polymorphes
et siégeant au site d’inoculation.
> Phase primaire : c’est une lésion
unique papulo-vésiculeuse se transformant en
ulcération génitale, qui passe souvent
inaperçue car indolore, transitoire et profonde
(urètre, rectum, pharynx, col de l’utérus),
puis qui cicatrise.
> Phase secondaire : évolue soit vers
une adénopathie inflammatoire inguinale douloureuse
(des ganglions à l’aine qui gonflent),
le plus souvent unilatérale (dans 2/3 des cas) évoluant
vers la fistulisation (1) ; soit vers une ano-rectite
aiguë avec ténesmes (fausses envies d’aller à la
selle), douleurs rectales, constipation et/ou diarrhées, écoulement
purulent et/ou des hémorragies avec possible
altération de l’état général.
(A l’endoscopie cet aspect de rectite ulcérée
peut orienter à tort vers un diagnostic de maladie
de Crohn ou d’herpès).
> Phase tertiaire : en l’absence de
traitement, elle évolue vers la chronicité.
Fistule chronique, rétrécissement ano-rectal,
formes pseudo-tumorales, le colon n’en sort pas
indemne. C’est un gros facteur de risque de cancer
du colon.
C’est en général à la
phase secondaire que le patient consulte le plus souvent
un gastro-entérologue, un proctologue ou son
médecin traitant VIH.
Le diagnostic biologique
Des prélèvements sont effectués
lors de cette visite (méat, urètre, anus
ou rectum, pharynx – plus endocol chez la
femme –, lésions ulcéreuses, écoulement
ganglionnaire) pour un examen direct au microscope
et une coloration de gram.
La recherche de chlamydia se fait par PCR (amplification
génique de l’ADN) sur frottis des muqueuses
ou ponctions ganglionnaires, méthode plus sensible
que la culture.
Le typage (recherche du sérotype) est réalisé par
le Centre national de référence des chlamydia
(hôpital Pellegrin à Bordeaux) après
envoi (groupé) des prélèvements
dans de la carboglace.
La sérologie à chlamydia est un élément
de diagnostic indirect (donc facultatif), mais un taux
d’anticorps élevé est un élément
en faveur du diagnostic de LGV surtout si les anticorps
augmentent à quinze jours d’intervalle
et/ou en présence d’ IgM spécifiques.
Les autres IST doivent être dépistées également.
Les complications possibles
Outre les inflammations des organes génitaux
externes et un risque accru de cancer du colon, la
LGV peut provoquer des réactions générales,
en particulier auto-immunes tel que l’érythème
noueux ou des arthrites, des maladies inflammatoires
de l’intestin, des rashs éruptifs, des
kératoconjonctivites. Grâce à l’inflammation
de la muqueuse rectale, la LGV favorise la transmission
du VIH et d’autres IST. Le traitement est simple
(antibiotiques oraux) mais long (doxycycline 100 mg,
deux fois par jour pendant vingt et un jours, et en
cas d’allergie, érythromycine 1 000 mg,
deux fois par jour pendant vingt et un jours). Il doit être
entrepris sans attendre les résultats et il
faut également dépister et traiter les
partenaires (remonter à soixante jours) pour
interrompre la chaîne de contamination. z
Marianne L’Hénaff
(1) Fistulisation : communication anormale entre
tissus visant à évacuer le pus collecté par
un nouveau trajet. Exemple : une fistule anale
est un trajet anormal allant de la muqueuse rectale à la
peau près de l’anus.
L’ alerte de l’InVS
Un premier coup de sonnette a été donné en
janvier 2004 par le système européen
de surveillance des IST (ESSTI), suite à la
découverte de 15 cas de LGV concernant des homosexuels
hollandais (Rotterdam) ayant eu des rapports sexuels
non protégés avec des partenaires de
rencontre dans différents pays européens
dont la France.
L’InVS (Institut de veille sanitaire) a donc
informé les professionnels de santé.
En mai 2004, l’InVS a mis en place un réseau volontaire de laboratoires
privés (Chemin Vert et Fournier) et d’hôpitaux parisiens
et bordelais pour une surveillance prospective des cas et une étude
génotypique des souches de CT.
Du 1er janvier 2002 au 1er septembre 2004, 103
cas de LGV rectales ont été identifiés
en France, dont la très grande majorité à Paris
(96) chez des homosexuels (âge moyen : 35
ans). Sur les 28 patients dont le statut VIH était
renseigné, 22 sont séropositifs. L’augmentation
du nombre de cas est franche à partir du dernier
trimestre 2003 puis se poursuit en 2004 avec 84 cas
pour les 8 premiers mois de l’année. Mais « le
nombre de cas déclarés par ce réseau
est probablement sous-estimé par rapport au
nombre réel de cas dépistés ou
non », estime l’InVS. Le délai
moyen entre le début des symptômes et
la date de prélèvement (douze jours)
a considérablement diminué depuis l’alerte,
car les médecins évoquent plus fréquemment
le diagnostic de LGV rectale devant des signes d’anorectite
qu’auparavant (cinquante jours de délai
avant l’information).
Fin août 2004, les Néerlandais ont recensé 92
cas, la Belgique a recensé 27 cas. En revanche,
l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie
ou le Royaume-Uni n’ont pas déclaré de
cas bien que des patients atteints aient décrit
des rapports sexuels non protégés avec
des partenaires de ces pays-là.
D’ailleurs, les cas détectés
de LGV en Europe suivent les trajets de l’Eurostar
et du Thalys (Rotterdam, Anvers, Londres, Paris) et
commencent à débarquer aux Etats-Unis.
Nous en sommes à trois alertes de l’InVS,
et les chiffres donnés ne sont que la partie
visible de l’iceberg. Malgré les cas non
dépistés et les cas dépistés
non déclarés, la France apparaît
donc comme le pays le plus affecté par l’émergence
de la LGV rectale. Pour une fois, nous sommes en avance
sur les Américains, mais en retard sur la prévention…
L’alerte est consultable sur www.invs.sante.fr
et www.sante.gouv.fr
Témoignage
« Une souche super fun »
« Pour celles qui trouvent que la prise à vie
de médicaments qui font vomir, la perte des
joues ou même la mort ne sont pas des arguments
dissuasifs pour se protéger lors des rapports
sexuels, voici une toute nouvelle IST, la LGV rectale.
C’est une souche super fun de la classique chlamydia,
qui fait irruption en Europe et aux Etats-Unis ces
derniers temps. Les symptômes sont sympas, genre
apparition de glandes de pus autour de la zone génitale
et scarification irréversible du pénis
et du colon. En gros, si vous chopez ça, vous
finissez avec un zizi de lépreux pour le reste
de votre vie... Je sais pas pourquoi, mais j’ai
l’impression que ça va être plus
facile de faire de la prévention avec ce truc. »
Conclusion savoureuse de
Coco du Bois-joli, trouvée
sur Internet...
www.pederama.net/article.php3?id_article=140