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L’accès aux soins au Mali

Un modèle de volonté politique et de mobilisation associative

Depuis l’avènement de la démocratie au Mali – un des pays les plus pauvres du monde – le prisme de la santé communautaire s’est imposé comme la meilleure solution pour garantir l’accès aux soins au plus grand nombre. Sur le front de la lutte contre le VIH/sida, l’action décisive des Organisations non gouvernementales a précédé et encouragé les récentes initiatives du gouvernement malien pour l’accès aux traitements antirétroviraux.

Le classement mondial effectué par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) en 2004 est sans appel : le Mali figure parmi les cinq pays les plus pauvres de la planète, dans la catégorie peu enviable des « pays à faible développement humain ». La pauvreté et l’incidence des maladies y sont très fortes et la mortalité infantile (et maternelle) demeure élevée. Face à ces enjeux, le système de santé publique a évolué vers la participation communautaire et le recouvrement des coûts pour les soins de santé primaires (1). Aujourd’hui, une carte sanitaire définit des aires de santé correspondant à des regroupements de quartiers ou de villages. Les centres de santé communautaires (Cescom) constituent le premier échelon de cette pyramide sanitaire. Tous les soins de santé primaires, en particulier le suivi de la grossesse et des accouchements, y sont délivrés à moindre coût par une infirmière et un médecin permanents engagés par le centre. Une consultation coûte 600 francs CFA (un peu moins d’1 euro), tarif qui diminue de moitié pour les détenteurs d’une carte de membre du Cescom. C’est en effet sur le pari de l’adhésion et de l’implication de la communauté que repose le système de soins communautaires.

La création d’un centre de soins se fait à l’initiative de la population. Réunie en association, elle élabore son projet avant de bénéficier du soutien du gouvernement et de partenaires nationaux et internationaux. Pour les soins plus spécialisés, les patients sont envoyés au centre de santé de référence de la commune, puis, le cas échéant, dans les hôpitaux régionaux et nationaux. Malgré l’accessibilité des soins (coût et distance), certains problèmes récurrents se posent aux autorités sanitaires. Le Mali souffre d’une pénurie de personnel médical – très peu de médecins spécialistes et des salaires peu attractifs – et d’un manque cruel de matériel : il n’existe par exemple aucune possibilité de radiothérapie et le pays ne dispose que d’un seul scanner.

Vers une prise en charge globale du VIH/sida

La prévalence actuelle de l’épidémie se situe aux alentours de 1,9 % de la population (près de 120 000 personnes) (2). « L’épidémie est contenue, mais il existe des risques d’explosion importants, note Jean-Louis Ledecq, coordinateur du Programme des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) au Mali. La position de carrefour de ce pays et l’instabilité régionale qui draine des réfugiés et “retournés” pourraient occasionner une augmentation de ces chiffres. » Dans ce contexte épidémiologique relativement épargné, les associations jouent depuis longtemps un rôle phare dans la prévention, l’accompagnement et la lutte pour l’accès aux soins.

Un lundi matin à Bamako. Il est à peine 10 h 30 et déjà plus de 130 personnes se sont inscrites pour une consultation. La cour du Centre d’écoute, de soins, d’animation et de conseils (Cesac) est remplie de personnes qui attendent patiemment que l’un des quatre médecins présents ce jour-là puisse les recevoir. « Je n’ai plus de médicaments, j’ai dû aller chercher mon fils qui avait des ennuis en Côte-d’Ivoire », annonce un vieux monsieur pour justifier sa visite un peu tardive. La secrétaire et son assistant l’inscrivent sur le registre malgré la longue liste, sans manquer de lui adresser avec respect les recommandations sur l’observance. Situé en plein centre-ville, à deux pas de la mosquée et du grand marché, le Cesac est un havre de paix pour les personnes affectées par le VIH/sida. Une équipe pluridisciplinaire y intervient depuis 1996 pour une « prise en charge globale », « un accompagnement du dépistage au traitement », d’après les mots de son initiateur et directeur, le professeur Aliou Sylla. Le Cesac est reconnu comme un centre de référence pour la prise en charge des patients séropositifs, à l’avant-garde de la lutte pour la gratuité des traitements antirétroviraux (ARV). « Notre file active moyenne est de 6 000 personnes par an, et actuellement nous suivons 1 423 personnes sous ARV, dont 60 % de femmes », précise le professeur Sylla. Le Cesac offre un accompagnement médical et thérapeutique mais également un soutien social et agit comme un relais efficace entre les structures hospitalières et d’autres associations (de femmes, d’enfants, d’orphelins, etc.).

Dans la même veine, l’Organisation non gouvernementale (ONG) française Solthis (Solidarité thérapeutique et initiative contre le sida) a démarré à Ségou, en janvier 2004, un programme qui vise à fournir des ARV à 1 500 personnes, sur cinq ans. L’association, récemment créée par des médecins français de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, a précisément pour vocation la prise en charge thérapeutique ARV dans une dimension globale. Le programme comprend la gratuité des ARV ; la prise en charge médicale, clinique, psychosociale, nutritionnelle ; la prévention de la transmission mère-enfant et l’accompagnement de la famille et l’aide à la réinsertion économique et sociale. Pour la première année, l’objectif a été atteint avec près de 300 personnes initiées aux ARV en décembre 2004. « Au Mali, notre action se situe dans le cadre de l’Initiative malienne d’accès aux antirétroviraux (Imaarv), en liaison avec le Programme national de lutte contre le sida ; nous ne cherchons pas à nous substituer au gouvernement mais au contraire à nous intégrer aux structures qui existent déjà pour les renforcer dans un souci de pérennisation et d’appropriation rapide par la population », souligne le Dr Léopold Tegna, coordinateur médical de l’ONG à Ségou.

Elargir l’accès aux ARV par la décentralisation et la gratuité

L’ouverture de six sites prescripteurs d’ARV à Ségou, la deuxième ville la plus peuplée du Mali, est aussi une réussite pour l’Imaarv, lancée en 2001, car l’accès aux ARV a été longtemps le privilège des plus nantis demeurant dans la capitale : ces thérapies n’étaient disponibles que dans trois centres de distribution, tous situés à Bamako (Cesac, hôpital du Point G et hôpital Gabriel-Touré). Après Ségou, la décentralisation de l’accès aux antirétroviraux se poursuit dans d’autres villes maliennes telles Kayes, Sikasso et Koulikoro où des sites seront opérationnels prochainement.

Un autre obstacle de taille à surmonter est celui du coût des thérapies antirétrovirales. Les négociations avec les laboratoires ont permis de faire baisser les prix à des niveaux raisonnables, mais, malgré les subventions de l’État, une contribution importante restait jusqu’à présent à la charge des patients, ce qui en limitait l’accès. Cela devrait changer rapidement. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, qui dirige le tout nouveau Haut conseil national de lutte contre le VIH/sida (3), a annoncé la gratuité pour tous des médicaments ARV en 2004, un processus qui se met en place progressivement. « C’était une déclaration très attendue par la société civile, qui a effectué un plaidoyer énorme dans cette direction. Pour autant, il s’agit d’une orientation et l’ensemble des tenants et aboutissants financiers n’est pas réglé. Cette annonce ne concerne que la gratuité des ARV ; la gratuité des soins n’est pas garantie à ce stade », tempère le responsable de l’Onusida au Mali. Or, pour les quelque 2 600 personnes aujourd’hui sous traitement comme pour l’ensemble des personnes séropositives au Mali, la gratuité de la totalité des soins est un défi de taille car les bilans biologiques (prétraitement et de suivi) et le traitement des infections opportunistes sont relativement dispendieux. Pour l’heure, une forte mobilisation associative et une volonté politique réaffirmée pourraient faire du Mali un nouveau modèle dans la lutte contre le sida.

 

Fanny Chabrol

 

(1) Selon les recommandations l’« Initiative de Bamako », adoptée en 1987 sous l’égide de l’OMS.

 

(2) Chiffre retenu par l’Onusida ; les estimations du réseau Sentinelle seraient plus proches de 3,3 % des femmes enceintes en 2002.

 

(3) Le HCNLS, créé dans le courant de l’année 2004, sera chargé de définir la stratégie nationale et de coordonner l’ensemble des programmes sida.

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