Situation à risque et traitement
post-exposition
Un dispositif d’urgence peu connu
Un préservatif qui se déchire ou qui
glisse, un rapport sexuel non protégé,
du matériel d’injection de drogue échangé,
une piqûre accidentelle. Autant de situations
où chacun peut risquer d’être exposé
au VIH. Pour évaluer et limiter le risque de
contamination, il existe depuis 1998 un dispositif d’urgence
de prise en charge prophylactique. Pourtant, peu de
gens en connaissent l’existence, ou mal.
Depuis avril 1998, toute personne ayant été
en contact de façon accidentelle ou ayant pris
un risque d’exposition au VIH, peut consulter,
dans les heures qui suivent, les services d’urgences
hospitalières pour bénéficier,
si le risque est avéré, d’un traitement
prophylactique d’urgence (1). Malheureusement,
de par leur contenu et leur statut, et parfois aussi
à la demande du patient, les recommandations
faites par le ministère de la Santé ont
bien souvent poussé les praticiens à prescrire
largement pour des risques d’expositions faibles,
sans tenir compte des effets secondaires possibles.
A ce jour, peu de données sont encore disponibles
concernant la tolérance de ce traitement d’urgence.
Une évaluation de l’Institut de veille
sanitaire (Invs) a montré que 10 % des prophylaxies
prescrites ont été interrompues suite
à des cas d’intolérance. Les effets
secondaires ont motivé l’arrêt total
et prématuré du traitement dans 8 % des
cas (2). Les recommandations ont été depuis
révisées et celles du 2 avril 2003 prennent
mieux en compte le rapport bénéfice/risque
de ce traitement d’urgence qui doit être
réservé aux situations à risque
élevé de transmission (cf. encadré)
(3).
Un dispositif peu ou mal connu
Mais quelle est la proportion de personnes à
connaître ce dispositif d’urgence ? Faible.
Selon l’Observatoire régional de la santé
(ORS) de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur
(PACA), un tiers des patients séropositifs en
ignorerait l’existence (4). Un chiffre d’autant
plus inquiétant que toutes ces personnes étaient
toutes régulièrement suivies par un médecin
référent en milieu hospitalier. Tout comme
les usagers de drogues par voie veineuse (UDIV) sont
très peu à fréquenter le dispositif
d’urgence (0,5 %), principalement par méconnaissance
du système (2).
Au standard téléphonique de Sida Info
Service (numéro vert : 0 800 840 800), on constate
aussi que les personnes appelant suite à un risque
d’exposition au virus ne connaissent pas ou partiellement
le dispositif. « Dans l’esprit des personnes
plus ou moins informées, il existe par ailleurs
une confusion entre le dispositif d’urgence et
le dépistage sérologique. Certaines appellent
en demandant quel est le CDAG le plus proche pour se
faire dépister, confie le Dr Michel Ohayon, médecin
écoutant à Sida Info Service. Nous leur
expliquons la différence et les incitons à
consulter immédiatement dans un service d’urgences
hospitalières, sans attendre le délai
de 48 heures. » Sans compter qu’il n’existe
pas de réel suivi clinique ou sérologique
des consultants. « On estime que seulement 25
à 30 % des personnes qui ont consulté
pour une prophylaxie d’urgence sont suivies pour
leur sérologie dans les mois qui suivent »,
précise le Dr Michel Ohayon.
Prévention ou communication ?
Manque d’information envers le grand public,
déficit d’information de la part des médecins,
manque d’accompagnement ? Depuis l’existence
du dispositif en 1998, aucune campagne d’information
du grand public ou de publics ciblés de grande
ampleur n’a été mise en place par
les pouvoirs publics. « Les DDASS ont eu pour
mission d’adapter le dispositif existant et d’informer
les professionnels, les acteurs de santé, les
associations. Elles ont été incitées
à inclure l’information sur l’existence
de ce dispositif dans leur politique locale de prévention
en la ciblant sur les populations à forte prévalence
pour le VIH », se défend la direction générale
de la Santé (DGS). Craignant sans doute une dérive
type « pilule du lendemain », la DGS ne
souhaite pas mettre en place de campagne grand public
: « Il importe en effet d’éviter
d’exposer des personnes aux risques d’effets
secondaires des antirétroviraux pour des situations
où le risque de contamination est extrêmement
faible. »
Ce qui n’a pourtant pas empêché d’autres
de le faire. En septembre 2003, des affiches et des
cartes postales ont commencé à être
diffusées en alertant : « Vous avez 48
heures pour réagir. » Sur ces affiches,
n’y apparaissait pas la signature de la DGS mais
celle du laboratoire pharmaceutique, GlaxoSmithKline
(GSK). Peut-être pour pallier un manque d’informations
sur le sujet, ce dernier avait en effet pris l’initiative,
seul et en absence de concertations avec un organisme
public ou des associations de patients, de communiquer
sur l’existence de « traitements anti-VIH
» post-exposition. Le message général
incitait « le plus rapidement possible [à]
contacter le service des urgences à l’hôpital
[…] au mieux dans les 48 heures […] si vous
êtes concerné(e) par un risque de contamination
par le virus du sida ». Mais n’a pas évité
certains écueils. Notamment en ce qui concerne
le délai de 48 heures, repris stricto sensu d’une
des recommandations de la circulaire du 2 avril 2003.
Mais cette dernière stipule par ailleurs que
« le rationnel des traitements antirétroviraux
dans cette situation impose qu’ils soient proposés
le plus tôt possible, de façon optimale
dans les quatre premières heures et au plus tard
dans les 48 heures ». Et quid des effets secondaires
et de l’efficacité présumée
de la trithérapie ? Si le Combivir® –
commercialisé par GSK et qui fait partie de la
prophylaxie – est certes simple à prendre,
l’efficacité partielle de cette trithérapie
n’est que de 80 %. Et en réduisant le dispositif
d’urgence post-exposition à une simple
prise en charge thérapeutique, la campagne de
GSK ne sensibilisait pas non plus à une démarche
préventive (utilisation du préservatif,
matériel d’injection stérile, suivi
sérologique, etc.).
La DGS a immédiatement saisi l’Agence française
de sécurité sanitaire des produits de
santé (AFSSAPS) mais ne semble pas souhaiter
faire de commentaires sur cette campagne. Pour l’AFSSAPS,
il s’agissait d’une campagne « environnementale
», pas de la promotion de médicaments.
A ce titre, cela ne rentrait pas dans le champs du contrôle
de l’Agence sur la publicité des médicaments.
En revanche, le message incitant à se manifester
« au mieux dans les 48 heures pour être
efficace » leur est apparu le seul motif préjudiciable.
N’incitant pas les gens à se manifester
dans les premières heures, comme cela est recommandé,
il ne représentait pas un véritable message
de protection de santé publique. Sur ce seul
motif, le directeur général de l’AFSSAPS
a enjoint GSK de cesser cette campagne. GSK s’est
exécuté, bien que rien légalement
ne l’y obligeât. Sa campagne n’aura
finalement duré qu’un mois.
Olivier Donnars
(1) Circulaire DGS/DH/DRT/DSS n°
98/228 du 9 avril 1998.
(2) Evaluation de la prise en charge
thérapeutique des expositions au VIH, F. Lot,
C. Larsen, B. Basselier, A. Laporte. Juillet 1999-décembre
2001. BEH N° 36/2002 :173-175.
(3) Circulaire DGS/DHOS/DRT/DSS n°
2003/165 du 2 avril 2003.
(4) « Knowledge of HIV
exposure prophylaxis in a population of HIV- positive
outpatients : results of a French national survey »,
D. Rey et al., JAIDS, vol. 35(4), 1er avril 2004, p.
393-400.
Que faire en cas de risque d’exposition
au VIH ?
Se rendre le plus rapidement possible – au mieux
dans les quatre heures et jusqu’à 48
heures – dans les consultations et les services
hospitaliers d’infectiologie (dont certains
CDAG hospitaliers) la journée ; la nuit et
le week-end, dans les services d’urgences hospitalières.
Les écoutants de Sida Info Service pourront
vous orienter vers le centre le plus proche.
Seuls le médecin référent, l’infectiologue
ou l’urgentiste pourront évaluer le risque
réel d’exposition en fonction de son type
et du statut sérologique de la personne avec
laquelle a été en contact le patient.
Si cette personne source est séropositive, un
traitement antirétroviral sera proposé
au patient lors de :
• rapports anaux ou vaginaux non protégés
ou avec rupture de préservatif ;
• piqûres profondes ou modérées
après un geste en intraveineux (IV) ou intra-artériel
;
• partage de seringues, d’aiguilles et du
reste du matériel ;
• contact prolongé (plus de quinze minutes)
d’une quantité importante de sang sur une
muqueuse ou une peau lésée.
Si le statut sérologique du sujet source est
inconnu mais que celui-ci est « usager de drogue
en IV ou a des pratiques sexuelles homosexuelles, bisexuelles
ou à risques ou appartenant ou vivant dans une
communauté (pays) où l’épidémie
est généralisée », le traitement
sera recommandé.
Le traitement proposé au vu de l’évaluation
doit durer un mois. Il consiste en une trithérapie
composée de deux analogues nucléosidiques
et d’une antiprotéase : Combivir® associé
au Kaletra® ou au Viracept®.
Dans tous les cas, toute personne ayant été
exposée à un risque de contamination au
VIH, quel que soit le niveau de risque, sera incitée
à se faire dépister durant les quatre
mois suivants et se verra orientée vers une filière
de soins capable d’assurer un suivi clinique et
sérologique.