Accueil > Nos publications > Article (archive)

Conférence de consensus sur la substitution

Les relations médecin-usager s’améliorent

Soulagement pour les associations d’usagers de la substitution ! A l’heure de la publication des résultats de la conférence de consensus sur « Les stratégies thérapeutiques pour les personnes dépendantes aux opiacés » et la « place des traitements de substitution », leurs craintes formulées lors des premiers Etats généraux des usagers de la substitution sont levées (cf. JDS 168). Compte rendu de la conférence et des recommandations délivrées.

Deux jours de conférences publiques, six questions posées à une quarantaine d’experts, dont trois représentants d’usagers, un jury de 16 personnes (médecins généralistes et spécialistes, enseignant, tabacologue, pharmacien, magistrat, journaliste médical, psychiatre, etc.) et un important travail d’écriture pour délivrer des recommandations qui devraient faire date (1) sont les ingrédients de la première conférence de consensus sur la substitution. La Fédération française d’ad dictologie, FFA, (17 membres, sociétés ou associations professionnelles émanant des secteurs de l’alcool, du tabac et de la toxicomanie) est l’initiatrice auprès de l’Anaes de cette rencontre. Parallèlement, la direction générale de la Santé (DGS) et la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) formulaient la même demande auprès de l’Agence, plus particulièrement préoccupées par la question du « mésusage » et le détournement des prescriptions de Subutex® (buprénorphine) vers le marché noir. Résultat : pendant que le comité d’organisation de la conférence présidé par Alain Morel, psychiatre addictologue et président de la FFA, planchait, un groupe de travail spécifique se consacrait à l’élaboration de recommandations pour la pratique clinique (RPC) visant à réduire les mauvaises utilisations des traitements de substitution, destinées aux médecins, pharmaciens et structures prenant en charge des personnes dépendantes aux opiacées (1). Pour Alain Morel, cette convergence est de bon augure. « C’est extrêmement important que l’ensemble des professionnels soit d’accord là-dessus : ces traitements doivent avoir une place centrale dans le dispositif d’accueil et de prise en charge des personnes dépendantes aux opiacées. Ce n’était pas évident il y a dix ans, ça l’est aujourd’hui. » En effet, loin des polémiques qui ont pu exister lors de l’introduction de ces traitements, tout le monde s’accorde aujourd’hui à reconnaître des vertus à la substitution : réduction de la mortalité par surdoses (divisées par cinq entre 1994 et 2002), réduction de la délinquance, de la morbidité (diminution des contaminations VIH, trois fois moins de prématurés chez les femmes enceintes en traitement, etc.), meilleur accès aux soins et meilleure intégration médicale des toxicomanes.

 

Mais tout le monde est également d’accord pour pointer un certain nombre de dysfonctionnements, liés au dispositif ou à ses conséquences : disparité géographique dans l’accès aux traitements, absence réelle de choix de traitements (sur 100 000 personnes substituées, 80 % le sont par buprénorphine, 20 % par méthadone), faible accès aux soins pour les personnes précaires, mauvaises utilisations, maintien de polyconsommation, prévalence de l’hépatite C, marché parallèle (6 % des consommateurs sont à l’origine de 25 % des remboursements), persistance de préjugés envers les toxicomanes…

Virage

En partant de ce constat pragmatique, le jury élabore des propositions pour l’élargissement et l’amélioration de ces traitements, dont certaines apparaissent radicales. Affirmant qu’il « convient de poursuivre le développement des traitements de substitution aux opiacés, toucher plus de patients, donner aux prescripteurs le choix des molécules et renforcer la sécurité », le jury propose de rendre équivalente la disposition de méthadone et de buprénorphine, les deux seuls traitements ayant reçu une AMM en France. Concrè tement, cela laisse ouverte la possibilité de primo-prescription de méthadone en médecine de ville, à condition que l’on assure la sécurité de cette prescription. Cela signifie aussi que les deux molécules devraient être disponibles pour des prescriptions à durée équivalente (vingt-huit jours), en améliorant la mise à disposition de la méthadone (meilleur conditionnement pour en faciliter le stockage) et sous les mêmes conditions : la déclaration de prescription auprès d’un pharmacien habilité à délivrer le traitement, ce qui pourrait à terme limiter le marché noir… Enfin, et ce n’est pas la moindre des avancées, le jury préconise que soient mises à disposition des formes injectables des médicaments réservées aux échecs des traitements oraux, voire la création de futures « salles de consommation ». Car, toujours dans un souci de sécurité, la prise devra s’effectuer sur place, sous surveillance. Pour que ces évolutions soient correctement implémentées, le jury requiert une meilleure formation des médecins : prise en charge des maladies chroniques dans les formations universitaires, développement du travail en réseau pour un traitement global qui dépasse les médicaments, présence de Centres spécialisés de soins aux toxicomanes (CSST) sur tout le territoire et réactivation des comités de suivi départementaux (avec des représentants d’usagers). Pour mieux toucher les populations défavorisées, le jury préconise de « pérenniser et développer les structures bas seuil » et appelle les médecins à plus de « tolérance dans l’accueil des patients ». Bref, une révolution systémique qui ne se fera pas sans un accompagnement politique.

 

Pour Alain Morel, il serait bon que « cesse ce balancier politique qui touche particulièrement et spécifiquement aux questions de drogues ! » Certes… Les organisateurs de la conférence, qui ont présenté leurs conclusions au ministère de la Santé, ont obtenu la mise en place d’un comité de suivi, sous la houlette de la DGS, pour suivre l’ensemble de ces propositions, leur réalisation et leur sécurisation. D’ores et déjà acquise, la mise en place de formations auprès des médecins et pharmaciens-conseils des Caisses régionales d’assurance-maladie, qui devraient débuter en septembre. Reste à diffuser le bon sens médical dans le corps social en son entier et à continuer le lobbying pour que ces recommandations soient implémentées…

Limites

Pour Fabrice Olivet, d’Asud, la conférence de consensus témoigne d’une amélioration des relations médecins-patients et de la reconnaissance de la parole de ces-derniers. Aude Lalande, membre du jury et d’Act Up, reconnaît également : « Pour moi, l’un des enseignements de cette conférence est qu’un travail en bonne intelligence avec les médecins est possible. On peut mesurer le chemin parcouru depuis dix ans. C’est le résultat direct de l’ouverture des cabinets médicaux aux usagers : on a compris qu’il était possible et fructueux d’échanger des points de vue ou des logiques différents, avec les usagers. » Reste pour les associations d’usagers un certain nombre de limites, inhérentes pour certaines au cadre de la conférence de consensus : la limitation des recommandations aux deux molécules actuellement admises sur le marché en France, en excluant de la réflexion d’autres médicaments (sulfates de morphine, par exemple) ; la question de l’arrêt du traitement, mal documenté ; l’information des usagers qui n’ont jamais bénéficié d’une campagne d’information nationale, trop polémique ; la question sociale dont on parle mais pour laquelle on n’apporte pas de réponses concrètes ; et enfin, la prise en charge des nouvelles formes de consommation. Pour Aude Lalande, les médecins ont fait des progrès, mais restent encore trop timorés : « Les usagers ont un savoir que n’ont pas les médecins, ceux-ci devraient apprendre à s’en servir. Si les médecins se décrispaient sur la question de la consommation de drogues, ils pourraient faire usage de leurs compétences pour répondre aux problèmes somatiques qui leur sont posés, pour commencer, et très vite enrichir leur savoir dans ce domaine. » Bref, il s’agit d’aller plus loin et, à partir d’une alliance entre associations d’usagers et médecins qui s’est prouvée bénéfique dans le champ sida, de continuer à travailler ensemble.

 

Christelle Destombes

 

(1) Les textes des recommandations sont disponibles sur www.anaes.fr (rubrique « Publications »).


Warning: main(../../baspage.php): failed to open stream: No such file or directory in /home/web/www/sos/arcat-sante/publi/archives_jds/substitution169.php on line 190

Warning: main(): Failed opening '../../baspage.php' for inclusion (include_path='.:../:../includes') in /home/web/www/sos/arcat-sante/publi/archives_jds/substitution169.php on line 190
© Arcat 2001-2008 - Mentions légales - Site réalisé par Presscode - Contact :