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La sécurité transfusionnelle

Un élément clé de la lutte contre le VIH

D’ici 2010, l’Onusida estime à 45 millions le nombre de nouvelles contaminations par le VIH si rien ne vient contrer l’expansion de l’épidémie. Parmi ces nouveaux cas, 4 millions seront imputables à des transfusions sanguines ou autres injections médicales. Aujourd’hui, la transmission du VIH par cette voie-là est toujours d’actualité pour la majorité des habitants de la planète.

La sécurité transfusionnelle reste un problème de santé majeur dans le monde : 82 % de la population n’a pas la garantie d’obtenir une transfusion sanguine en cas de besoin. Et lorsque la transfusion est possible, il n’y a aucune assurance pour ces personnes que le sang ne soit pas contaminé. Une réalité rappelée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’occasion de la première journée mondiale du don de sang. Célébrée le 14 juin dernier, cette date rendra désormais hommage aux donneurs de sang volontaires et bénévoles. Chaque année, 80 millions d’unités de sang sont recueillies dans le monde, or 38 % seulement le sont dans les pays en développement où vit la quasi-totalité de la population mondiale (1). Ces pays sont justement sujets à des taux de mortalité très élevés et ont d’importants besoins en sang. Lorsque l’approvisionnement est assuré, trop souvent rien ne garantit que le sang ne soit pas contaminé par le VIH, le VHC, la syphilis ou d’autres infections.

 

Selon l’OMS, 300 000 contaminations par VIH au cours de transfusions sanguines auraient lieu chaque année dans les 34 pays où l’épidémie est la plus importante. Sur ces pays, seuls neuf dépistent la totalité des dons, et huit d’entre eux ont un système de transfusion sanguine basé sur des dons volontaires et bénévoles. Dans les 25 pays restants, la régularité et la qualité des tests ne sont pas assurées. L’OMS estime à six millions le nombre de dépistages supplémentaires qu’il faudrait effectuer chaque année de par le monde.

La qualité du dépistage en question

Réactifs transportés pendant des kilomètres en pleine chaleur (2), absence de formation des équipes, manque de suivi des donneurs : nombreux sont les écueils. S’ajoutent à cette liste des tests insuffisants, qui, lorsqu’ils sont effectués, posent la question de leur fiabilité. « Je me souviens d’une organisation, dont je ne citerai pas le nom, qui, voulant bien faire, a envoyé des tests de dépistage dans un pays africain. Or, ces tests, qui se conservaient à 4°, ont été stockés dans une pièce à 30° faute d’autres possibilités. Ils ont été très rapidement inutilisables. Heureusement, ils n’ont jamais servi, sinon ils auraient donné de faux résultats négatifs avec toutes les conséquences imaginables », raconte Jean-François Riffaud, directeur de la communication et des affaires internationales à l’Etablissement français du sang (EFS).

 

Toutefois, il ajoute que si l’existence et la qualité des tests de dépistage sont bien évidemment essentielles, ils ne sont pas les uniques garants de la sécurité transfusionnelle : « Il faut se garder de penser que si le dépistage est excellent, cela suffit à sécuriser la chaîne et qu’on peut prendre n’importe quels donneurs, collecter n’importe comment. » La sélection des donneurs est tout aussi importante, notamment face à des épidémies telles que le VIH/sida ou les hépatites.

L’importance de la sélection des donneurs

En France, un don de sang est immédiatement divisé en trois poches, l’une de plasma, la deuxième de plaquettes et la troisième de globules rouges. Le plasma peut être congelé et conservé jusqu’à ce que le donneur soit de nouveau testé, c’est-à-dire quatre mois plus tard. En revanche, les plaquettes et les globules rouges ont des temps de conservation respectivement de cinq et quarante jours et seul l’entretien mené avant le don permet d’éviter la période de séroconversion, c’est-à-dire la période où aucun test ne permet de les détecter, soit sept jours pour le VIH et onze pour le VHC. L’importance de cette sélection dans des pays de fortes pandémies devient évidente. Dans cette optique, l’OMS encourage les dons de sang bénévoles et volontaires, et insiste sur le risque engendré par des dons rémunérés ou familiaux. Elle appelle également à la mise en place de systèmes nationaux de transfusion sanguine, accompagnés d’une politique nationale sur cette question.

 

Malgré l’existence persistante de systèmes privés parallèles ou de dons rémunérés, de plus en plus de pays organisent leur transfusion sanguine selon ces recommandations. « En Bolivie, par exemple, l’EFS aide le ministère de la Santé à intégrer dans le secteur public les 17 banques de sang privées du pays, rapporte Jean-François Riffaud avant d’ajouter, Actuellement, dans la transfusion sanguine, nous n’observons pas de mouvement inverse, le cours de l’histoire transfusionnelle va dans ce sens. »

 

Marianne Langlet

 

(1) Communiqué de l’OMS du 9 juin 2004.

 

(2) Les « réactifs » sont les substances qui réagissent avec une ou plusieurs espèces chimiques afin de les caractériser et les classer.

 

Inde : insécurité transfusionnelle

L’Inde est l’un des pays les plus touchés par la mauvaise qualité de son système transfusionnel. Le gouvernement estime que 3 % des nouveaux cas de séropositivité sont dus à une transfusion de sang contaminé. Le ministre de la Santé, Anbumani Ramadoss a déclaré, le 24 septembre dernier à Madras (deuxième ville du monde en terme d’habitants séropositifs ou malades du sida) que les mesures nécessaires seraient prises : « Il y a 1 800 banques de sang enregistrées et elles doivent faire davantage pour fournir du sang non contaminé à la communauté. » Le but étant de réduire le taux de contaminations par ce biais « à zéro ou moins d’1 % ». Des mesures de santé publique avaient déjà été prises puisque dans les années 1990, ce pourcentage atteignait 8 %. Les efforts de-vront se concentrer sur le premier maillon de la chaîne : les donneurs. Au début du mois de septembre, 280 personnes ayant donné leur sang ont été contrôlées positives au VIH dans le nord-est du pays. Selon les données officielles, un peu plus de 5 millions de personnes seraient séropositives en Inde, et rien qu’en 2003, 520 000 nouveaux cas ont été déclarés, selon le National Aids Control Organisation (Naco). Un taux de prévalence qui place le pays juste derrière l’Afrique du Sud. Mais le Fonds global de lutte contre le sida a rappelé au début de l’automne que l’Inde ne disposait pas de moyens de surveillance et de détection du virus suffisants. Pour lui, les chiffres officiels sont nettement sous-estimés.

 

« La transfusion sanguine est une chaîne »

Jean-François Riffaud, directeur de la communication et des affaires internationales à l’Etablis-sement français du sang (EFS) insiste sur la nécessité, dans les pays en voie de développement, d’une plus grande rigueur sur l’ensemble de la chaîne transfusionnelle, du donneur au receveur.

 

En Afrique, existe-t-il une prise de conscience face au problème de la sécurité transfusionnelle ?

Jean-François Riffaud : Oui, il y a une prise de conscience mais son efficacité dépend de l’organisation même du système transfusionnel. Dans un système unique avec une direction nationale, un réseau construit, des règles nationales, il suffit qu’une personne prenne conscience d’un problème pour que l’institution entière réagisse. En revanche, s’il y a 150 centres de transfusion gérés chacun à leur manière, certains intégrés à l’hôpital, d’autres privés ou encore semi-publics, si une personne prend conscience d’un problème, cela ne concernera que son centre.

 

Est-ce que les tests de dépistage sont effectués sur les dons de sang en Afrique ?

Aujourd’hui, notamment en Afrique francophone, des efforts sont faits pour améliorer la qualité du produit et s’assurer qu’il y a le moins de risques. En général, le dépistage VIH et VHC est fait assez régulièrement mais c’est une chose de dépister le sida et le VHC systématiquement, c’est autre chose de le faire bien. Ensuite, il ne faut pas oublier que la transfusion sanguine est une chaîne. Elle comprend des donneurs que l’on collecte, des poches que l’on prépare, en parallèle des tubes que l’on teste et des produits qu’on distribue à des malades. L’OMS dit : « Il faut que le dépistage soit fait et bien fait mais cela n’exonère en rien une bonne sélection de donneurs bénévoles, une bonne organisation de la collecte, une bonne préparation des produits et enfin une bonne organisation de la distribution. » Tout cela participe à la lutte contre le sida dans les pays d’endémie.

 

L’absence d’équipements est-elle un frein majeur à l’instauration d’un système de transfusion sûr dans les pays en développement ?

Je vais vous donner un exemple. Nous sommes en train de mettre en place le système transfusionnel en Afghanistan. Nous avons prévu de leur livrer des poches simples alors qu’en France nous utilisons des poches quadruples qui nécessitent des centrifugeuses, tout cela n’est pas d’actualité pour le moment en Afghanistan. Il faut d’abord qu’ils aient rapidement des produits sanguins simples et sûrs. Ensuite, nous les formerons à l’utilisation des poches quadruples. Ce que je veux dire, c’est que dans les pays en voie de développement, on peut assurer la sécurité avec des moyens simples à partir du moment où la sélection des donneurs et les autres points clés de la chaîne sont assurés. Il n’est alors pas nécessaire d’avoir du matériel ultra-perfectionné et de l’informatique partout. En Iran, par exemple, ils ne sont quasiment pas informatisés or ils traitent deux millions de poches par an avec un niveau de sécurité important et un système de transfusion sanguine qui n’a rien à nous envier.

 

Propos recueillis par M. L.


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